Anima Spiralis
Sous le titre A lire… j’avais signalé, le 23 mars dernier, un article du Monde du même jour intitulé : Les terres d’Argentine en vente libre . Sans pouvoir m’étendre, j’avais dit à quel point cette actualité me rappelait l’histoire sans nom racontée par Belgrano Rawson dans son roman Fuegia (traduit par François Maspero, ACTES SUD, 1997).
Les Argentins d’aujourd’hui s’inquiètent de la vente à des compagnies étrangères d’immenses territoires, par dizaines voire centaines de milliers d’hectares. Au sud du pays, la Patagonie est particulièrement touchée. Des Indiens Mapuches sont évincés de terres qu’ils occupaient traditionnellement.
Un diamant noir
Le roman de Rawson, Fuegia, a pour cadre cette extrême pointe de la Patagonie, détachée du continent, qu’est la Terre de feu. Les Indiens de ce finistère absolu ont tous disparu au début du vingtième siècle. Deux beaux romans ont raconté leur histoire infiniment douloureuse, Fuegia de Belgrano Rawson et Qui se souvient des hommes de Jean Raspail (Robert Laffont, 2001).
Les causes de la disparition de ces Indiens ont été multiples ; la faiblesse en particulier de leurs défenses immunitaires contre les maladies des colonisateurs a fait des ravages. Mais Fuegia montre de façon lumineuse que la fin de ces peuples fut aussi un effet induit du « développement économique » de la Terre de feu.
A la fin du dix-neuvième siècle, de grandes sociétés capitalistes, anglaises notamment, avaient acquis dans cette île des millions d’hectares. Pour y élever un animal aussi pacifique que le mouton. Il fallut d’abord massacrer ou faire fuir vers les montagnes les troupeaux de guanacos, des herbivores sauvages qui « volaient » l’herbe des moutons et abîmaient les clôtures. Mais les guanacos servaient de nourriture aux Indiens de l’intérieur des terres. Faute de guanacos, ces Indiens se mirent à manger du mouton et abîmer des clôtures, violant ainsi le droit de propriété et provoquant un accroissement des frais généraux. On abattit ces nouveaux prédateurs jusqu’à ce qu’ils perdent l’habitude de manger du mouton. Au bout d’un certain temps ils ne mangèrent plus rien du tout… On dit bien en français faire perdre le goût du pain.
Je l’ai signalé plus haut, il y a eu plusieurs causes à la disparition de ces petites communautés fragiles, vivant au sein d’une nature difficile. Mais une part de responsabilité revient à ces massacres non planifiés, dus au libre jeu des acteurs économiques en quelque sorte. Ces Indiens étaient un obstacle au développement que des entrepreneurs dynamiques, eux-mêmes sous la pression de la concurrence, sont parvenus à surmonter. Le même phénomène s’était produit avec les bisons d’Amérique du Nord qui furent presque exterminés à la fin du dix-neuvième siècle. Quand de nos jours nous entendons parler de « supprimer toute entrave aux investissements », peut-être devons nous y regarder à deux fois.
Mais je ne veux pas tirer ce roman vers la théorie. Fuegia est un livre d’histoires et non d’Histoire, le récit de vies en proie à des forces qui les écrasent, un diamant noir.
Fuegia vient d’être republié en collection de poche chez Babel (7,5 €). Il sera disponible en librairie dans les prochains jours.
Mars 1783, dans les grandes forêts du nord ouest canadien. Un groupe d'une dizaine d'indiens Towonkka, ulcérés par les
agissements sanguinaires des trappeurs qui s'accaparent peu à peu leur territoire, décident de protéger à tout prix l'animal-totem de leur tribu : le castor. Ils fondent une société secrète : le
Grand castor cosmique.
Pendant des années, des escarmouches avec les trappeurs se produisent. Le Grand castor cosmique attire de nouvelles
recrues. De jeunes colons européens rejoignent les Towonkka et créent l'Armée de libération des castors (ALC) en 1786. Cette milice organisée va semer le trouble dans la région jusqu'au début des
années 1810. On perd ensuite toute trace de ces courageux militants.
Un des tout premiers miliciens de l'ALC (Canada-1787)
Quoi qu'il en soit, lors de ces longues années, les activités anti-castors se poursuivent. Comme pour de nombreux autres animaux, on se sert de son image de peluche pendant qu'on continue à les massacrer. C'est ce constat sordide qui pousse des étudiants catalans à fonder en 1931 l'Armi Revolucionar de Libertat de los Castores. Ils considèrent que ce monde fait de propriétés privées et d'animaux dépecés doit cesser. L'organisation nouvellement créée tient ensuite une place non négligeable dans les batailles barcelonaises de la guerre d'Espagne aux côté des forces républicaines.

Les miliciens de l'ARLC partent au combat la tête haute ! (Barcelone-1936)
1999, dans un lycée du centre ville de Bordeaux, en France. N'écoutant que son courage, un jeune gars dynamique que nous appelerons ici "Helmut", milite au nez et à la barbe des autorités de
l'Education nationale pour la vente de petites peluches de castors au sein de l'établissement. Son cri d'alarme pour une plus grande reconnaissance des castors n'est pas écouté,
et Helmut s'en va dès la fin de l'année scolaire.
Heureusement d'autres élèves décident de continuer son combat, et l'ARLC est re-fondée à Bordeaux. Les principaux chefs militaires sont désignés et les candidatures pour faire partie des sections
de lutte armée nouvellement mises en place arrivent de partout.
Vous trouverez en lien le site internet de l'amée révolutionnaire de libération des castors